22.08.2006

Yovo cadeau

Dans la relation blanc / noir, il arrive forcément un moment où – vue la disparité entre nos pouvoirs d’achat – le naïf enthousiasme soulevé par l’apparente authenticité des rapports humains, on est amené à se demander si l’on n’est pas considéré à la base comme des poulets à plumer. On se fait arnaquer, c’est sûr, et le change n’aide pas, car on parle milliers de francs – anciens – à longueur de journée, et on a du mal à relativiser les sommes engagées, mais bon, on a vite fait de comprendre que parfois, on vous demande cinq à dix fois le prix normal ! Lorsque l’argent sert à nourrir des bouches affamées, pas de problèmes, avec joie même on se fait plumer, mais lorsqu’on se fait honteusement arnaquer par un jeune aux dents longues qui met le village en coupe réglée, alors là, on boycotte, n’est-ce pas Michel !

Un nouveau projet

Je suis allé avec John voir l’emplacement sur lequel is projettent de bâtir leur centre d’accueil. Assez éloigné du centre, en bordure d’une immense cocoteraie, derrière le nouveau cimetière, tout en étant relativement proche des cultures maraîchères qui pourraient éventuellement accueillir des apprentis.
Nous avons ensuite passé deux bonnes heures sur le projet proprement dit, le nombre et la destination des pièces – réfectoire, douches etc … et surtout le prix des matériaux : je sais exactement combien coûte la tonne de ciment et le mètre cube de sable, à combien revient le forage d’un puits ou le prix d’une porte en bois. Je me rends compte que ça aide d’en être soi-même passé par là, on a une vision à la fois plus globale et plus détaillée de la construction. J’espère que Gérard ou Alain accepteront de dresser les plans du centre, modeste au demeurant, le problème restant de trouver quelqu’un sur place capable d’asssurer la maîtrise d’œuvre.

Formation

Le but de l’intervention de Françoise, programmée sur quatre jours, est de former le personnel d’encadrement du centre de dépistage du SIDA de Hila Kondji, construit par le Dr Théophile, à l’accueil, l’écoute et la prise en charge des patients. Sa technique est fondée sur un va-et-vient entre elle et le groupe de parole, où chacun s’exprime face au groupe, puis l’entretien, où le volontaire, qui « joue » le rôle du patient se trouve face à face avec Françoise qui met en œuvre les techniques qu’elle veut leur enseigner. Je filme, dans des conditions techniques très difficiles – vent, bruits parasites venant du terrain de foot voisin où les gamins jouent au ballon, musique assourdissante venant du bistrot d’en face, plus le fait que les stagiaires, intimidés, chuchotent plus qu’ils ne parlent. Odile s’est portée volontaire, non sans raison comme je le découvrirai plus tard. Au bout de quelques minutes d’un pesant mutisme, elle parvient à exprimer ses angoisses, liées en grande partie aux responsabilités qui se sont accumulées sur ses épaules : infirmière en résidence au centre, elle y vit en permanence avec une de ses collègues, en proie toutes les nuits aux visites des maraudeurs infiltrant la frontière toute proche, à tel point que le matin, elle ose à peine sortir. S’ensuit un débriefing dont la qualité et la pertinence me laissent pantois : esprit et finesse d’observation et d’analyse, richesse du vocabulaire, ouverture d’esprit, Françoise en est émue aux larmes ! A mes yeux, tout cela est sans doute dû à une éducation et à une tradition prioritairement orale, fondée sur observation et mémorisation.

Akouele

Akouele est aveugle depuis une dizaine d’années, victime d’un sort selon les Africains qui la connaissent. Aussi frêle qu’un jeune pied de maïs, elle porte sur sa hanche Emmanuel ou Emmanuelle, ses jumeaux, abandonnées à leur sort par le père, selon la tradition semble-t-il. Son aîné, Jules, 18 ans, enfant d’un premier lit lui aussi abandonné par son père, veut suivre les traces de sa mère, titulaire du BEPC – diplôme exigé pour être instituteur – et devenir enseignant. La grand-mère - qualifiée de marâtre par ceux qui la cotoient – nous fait les yeux doux, mais on sent bien qu’elle n’a pas avalé ce revers de fortune qui a transformé en fardeau son bâton de vieillesse. Le regard vide, vitreux, aux yeux atrocement mangés par la maladie, ne parvient pas à ternir la beauté et la dignité de ce beau visage souriant et digne malgré les coups du sort.
La famille vit dans le dénuement le plus total, dans une maison en parpaings nus, à quelques dizaines de mètres de l’église où chaque semaine, les fidèles endimanchés se rassemblent pour deux ou trois heures de pieuse adoration. Sous un auvent rudimentaire en feuilles de palme adossé à la façade grise, une marmite, posée sur des braises qui dégagent une fumée âcre ; un chat malingre se faufile entre nos jambes pour laper un liquide blanchâtre à même une gamelle posée sur le sable ; derrière nous, un semblant de potager où poussent quelques épis de maïs jaunis. Akouele tente de subsister en faisant du charbon de bois qu’elle vend à perte, car les clients profitent de son infirmité pour la voler. Nous lui avons apporté des vêtements et quelques peluches pour les petits. Triste Noël en août.

15.08.2006

Terre Promise

Grâce à deux de ses amis, Ludovic et Brigitte, lui Béninois – ancien joueur de foot qui entraîne des jeunes désormais - et elle française, qui tous deux s’occupent d’une association, Terre Promise, qui tente de lutter contre un fléau peu connu – le trafic d’enfants et l’esclavage domestique, nous avons fait connaissance de Léontine et John.
Françoise et Mathilde sont revenues de leur première visite au centre au bord des larmes, car elles y avaient rencontré une petite gamine de onze ans, qui venait d’arriver après s’être enfuie de Cotonou où elle était littéralement réduite en esclavage Elle a mis quatre jours à parcourir à pied les 82 km qui séparent Cotonou de Grand-Popo, sans manger, dormant où elle pouvait pour échapper aux prédateurs humains qui rôdent la nuit. Frappée de mutisme, elle a été prise en charge par Léontine qui va se charger de lui trouver une famille d’accueil.
Notre rencontre avec John et Léontine nous a permis de cerner leurs besoins, principalement la construction d’un orphelinat doublé d’un centre de formation pour permettre l’accueil puis l’insertion ou la réinsertion de ces jeunes esclaves modernes : affectés au tâches domestiques éreintantes dès leurs plus jeune âge, ils sont battus, torturés parfois par leurs propres parents ou frères ou sœurs plus âgés, dorment à même le sol et se contentent des restes, lorsqu’il y en a !
Nous allons donc essayer de voir dans quelle mesure Africatoît peut les aider à réaliser ce projet. John et son équipe doivent nous remettre un plan du centre tel qu’ils le voient et leur cahier des charges avant notre départ.
Sitôt de retour, nous essaierons de trouver des financements pour un projet qui – j’en suis sûr – ne manquera pas de mobiliser les bonnes volontés.

Marché

Pour varier un peu l’ordinaire de la cantine de M.Dési et de sa femme Mathilde, nous sommes partis faire une virée au marché d’Agouégan, à une vingtaine de kilomètres, non sans nous être assuré les services de toute une chaîne de contacts au départ comme à l’arrivée, car en Afrique, inutile d’espérer bouger sans cicérone. Tout au long de la route, des cultures maraîchères, oignons, tomates, concombres, que les horticulteurs irriguent sans relâche. L’eau est pompée dans la nappe phréatique grâce à l’énergie de pompes électrogènes dont le ronronnement agaçant me rappelle l’été à Bouilland ! Le marché se trouve au Togo, de l’autre côté de la rivière, et il nous faut graisser la patte d’un gendarme pour parvenir à l’embarcadère.
« Vous avez quelque chose pour moi ? »
« Qu’est-ce qui vous ferait plaisir ? », demandons-nous, hypocritement !
« De la bière ! »
« Mais de l’alcool, par cette chaleur, ça va vous assommer ! »
Tu parles, pour ce qu’il fait de toute la journée !
Ecoeurée, Mathilde lui refile 500 frcs et nous avançons vers le fleuve.
Des colonnes de femmes vont et viennent, chargées de marchandises qu’elles charrient sur la tête tandis que qu’emmaillotés dans leur dos, un petit sommeille dans l’attente éventuelle d’une tétée.
Nous sommes chaperonnées par un jeune homme d’une vingtaine d’années, qui « fréquente « en classe de première ; très discret, on le sent intimidé par ces 3 yovos qui font un peu tâche au milieu de cette foule. Il a le visage couvert de scarifications rituelles et on sent chez lui une certaine éducation, un appétit de savoir et une réserve qui trahissent les esprits curieux.
Devant la noirceur de l’eau, Françoise s’écrie « Je ne mets pas le pied là-dedans ! » Nous nous retrouvons aussitôt soulevés de terre et nous franchissons les quelques mètres qui nous séparent de la pirogue dans les bras vigoureux de passeurs.
Nous nous installons et aussitôt démarre le marchandage sur le prix du passage. Marchandage n’est d’ailleurs pas le terme approprié, c’est 500 par tête, point ! Nous apprendrons plus tard que nous avons payé 10 fois le prix normal. Notre guide ne pipe pas mot, par peur des représailles sans doute. Mais le spectacle vaut son pesant de francs CFA !
Je n’ai pas pris l’appareil, pour profiter du spectacle à fond, et aussi pour ne pas nous faire lyncher !
C’est une mosaïque d’étals organisés en céréales, fruits, tissus, poissons et articles de toilette ou cosmétiques que nous parcourons, nous arrêtant pour acheter des tomates, des petites bananes acidulées, des rondelles de pâte d’arachide, du gari, une farine de manioc qui se cuisine un peu comme la polenta. Je suis très déçu d’apprendre que les tissus « africains » sont si prisés chez nous sont fabriqués en Hollande, l’autre pays du tissu, et je raconte à notre jeune cicérone comment Ghandi réussit à mettre à genoux l’Angleterre en faisant boycotter le coton en provenance de Manchester et Liverpool, au profit du homespun made in India.
Le riz, le maïs, le manioc, emballés en sacs de 100kg constituent de toute évidence la base de leur nourriture. Le rouge des piments, le vert sombre des épinards – vendus cuits – le rose bonbon ou le vert pistache des pyramides de savonnettes importés de Chine, le jaune safran des poissons séchés, au soleil et le reflet étincelant des ustensiles de cuisine s’impriment sur ma rétine. J’achète une pierre d’alun, du beurre de karité et nous nous faisons expliciter les vertus des différents graines et gousses inconnues chez nous.
Notre tour terminé, rassasiés de couleur et repus, nous sommes rapatriés sur la rive Béninoise non sans avoir failli provoquer une émeute en osant protester contre les pourboires exigés par nos porteurs.
Françoise insiste « Nous ne sommes pas des yovos riches ! » mais, comme nous l’a fait remarquer le gendarme amateur de houblon, « Il n’y a pas de yovo pauvre ! »

Grand Popo

Une demi-heure de trajet en zem à travers Cotonou un dimanche matin, c’est l’occasion de comptabiliser une douzaine au moins de dénominations religieuses, aussi nombreuses que dans une ville du middle-west en Amérique., baptistes, évangélistes, adventistes, j’ai même vu une école St Gérard de Villiers ! Mais en ce dimanche 13 août, accroché au porte-bagages de mon zem qui négocie adroitement les pavés de la capitale, c’est contre la nausée que je lutte, me protégeant tant bien que mal contre les effluves d’essence frelatée qui me piquent les yeux et me prennent à la gorge.
Je me retrouve enfin dans un taxi-brousse en partance pour Grand-Popo. Après quelques centaines de mètres au cours desquels une mobylette s’emplafonne l’arrière d’un camion, où un chauffard est carrément arraisonné et sorti de son véhicule comme un escargot de sa coquille par un sapeur-pompier en mission à qui il avait refusé la priorité, je boucle ma ceinture – par chance, elle est encore là – et enjoins mon chauffeur d’en faire autant s’il ne veut pas laisser une veuve et des orphelins ! L’atmosphère se purifie au fur et à mesure que nous laissons la conurbation derrière nous, les bidonvilles laissant la place aux cocoteraies.
Nous croisons de temps en temps des contrebandiers qui introduisent en fraude – mais sous l’œil bienveillant de la police qui doit toucher son pourcentage pour fermer les yeux – de l’essence en provenance du Togo. Ils chevauchent des Vespa transformées en camion-citerne pouvant emporter entre 3 et 400 litres d’essence, des bombes humaines qui explosent parfois au milieu d’un trafic plus que dense comme en témoignent quelques carcasses noircies et tordues qui rouillent dans les fossés.
Le taxi me laisse sur la grand route à Grand-Popo et je reprends un autre zem pour rejoindre notre point de rendez-vous. J’ai deux heures d’avance, le coin est superbe, calme, une immense plage bordée de cocoteraies et battues par les vagues de l’Atlantique. Quelques paillotes où les Cotonais viennent prendre le frais et boire un coup le week-end. L’endroit me rappelle Ngapali, au bord du Golfe du Bengale, sauf qu’on ne peut pa se baigner. Je fais quelques pas sur la plage. Un petit gamin me rattrape et me dit qu’on m’appelle. Je fais demi-tour. Françoise et Mathilde sont là. Elles ont loué une immense maison à 20m de la plage. Je suis en vacances.

13.08.2006

Lomé-Cotonou- Un record !

Sans doute le vol international le plus court, 25 minutes ! Même pas la peine de décoller, à la limite, on peut y aller en roulant !
Me voici au Bénin, un nouveau voyage commence !
J'ai pris un hôtel au hasard dans le Routard, bonne adresse, après le Burkina, j'ai l'impression de passer dans la catégorie supérieure, le routard a honte, mais pour une fois, une vraie chambre d'hôtel, ça repose !
Je retrouve Françoise à 14h à la plage de Grand Popo, popopo dis !!

Air Burkina

D'aucuns diraient " Air Burkina .. pas peur ! " , je ne suis pas de ceux-là, que nenni ! Une excellente ligne, qui s'est récemment dotée d'un Airbus A 319. Par contre, cher de chez cher, l'aller simple Ouaga-Cotonou, il n'y a pas beaucoup de Burkinabé qui doivent pouvoir se l'offrir !!! d'ailleurs, la plupart des passagers sont en costar et trimballent un ordi tout en jouant avec un, voire deux téléphones portables .. Frime ... On part avec 45 minutes de retard car certains passagers, voyageant en business class, arrivent tout pla-plan, en rigolant ... Privilège !!!
De haut, Ouaga a l'air d'un camp en pleine brousse, rues qui se coupent à angle droit, la ville est environnée de barrages qui donnent l'impression que la campagne est inondée
Système nuageux effrayant, des nuages gris, qui montent à plus de 10 000 mètres d'altitude, c'est l'hivernage !
A l'arrêt de Lomé, une foule de passagers à destnation de Ouaga, dont pas mal de toubabs, embarquent à destination de Ouaga pour attraper le vol AF de 22h30

Bankass - scène de rue.

Assis sous un acacia aux branches duquel on a suspendu des écharpes bicolores, des batiks, des tuniques, 7 hommes sirotent leur nième dé à coudre de thé vert, que l’un d’entre eux ne cesse de faire infuser en ravivant les braises à grands coups de chasse-mouches.
En face, une petite boutique de la taille d’un grosse armoire normande où l’on peut acheter des produits de base, thé, savon, sucre, cubes de bouillon Maggi
La radio diffuse des rythmes africains, 3 Maliens se prélassent à l’ombre, luttant contre le sommeil.
Plus loin, assis sous un autre acacia, 4 vieillards assis, et un cinquième, couché, regardent passer les motos chinoises, les moblettes Peugeot ou les vielles Motobécanes bleues de mon adolescence et les rares véhicules, 504, minibus Toyota défoncés, et de temps à autre, les énormes 4x4 blancs de l’Unicef, les seuls à respecter une vitesse raisonnable en traversant la ville, toutes vitres fermées, bien au frais, clim à fond.
Pendant ce temps mà, un ballet incessant de femmes en boubous, leur marmot emmailloté serré dans leur dos, une pyramide d’ustensiles en alu en équilibre sur la tête. Elles vont et viennent, du marché à la maison, sollicitant d’éventuels clients ou achetant les « condiments » pour le repas de midi. Une chèvre gratte le sol rouge. Un touareg tout de bleu vêtu, arpente la rue, une radio antenne déployée à la main.

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